Je suis l’encadré de Christine…

Pauvre Christine !

Le rituel est bien huilé. Rentrée de septembre à l’horizon. Dans quelques jours, va paraître l’opus périodique de la papesse de l’autofiction, tous les deux ans en général. Cette année, ça s’appelle Le Marché des amants. Il paraît qu’il y est question de ses amours avec Doc Gyneco. Tout un programme… Comme chaque année, la pression monte. Christine raconte partout qu’elle n’arrive pas à achever la correction de ses dernières épreuves. Elle s’arrache encore les cheveux.  On souffre pour elle. Et pour son éditeur qui fait tout pour lui être agréable. Ca nous fait mal, mais on fait de notre mieux pour contenir l’angoisse. On y parvient ! Il y en a qui vont mettre des cierges à Saint Sulpice pour la soutenir. J’en ai vu, si, si, je vous jure…Les plus anxieux se demandent si tout sera fin prêt pour la rentrée. Ca ne rigole pas parce que cette année la rentrée est de bonne heure : le 21 août…

Et puis soulagement général. Ouf ! Les épreuves sont corrigées in extremis. On se dépêche de les imprimer et de les envoyer à la presse et aux libraires. On arrose tout le monde pour rassurer l’opinion. Le livre est prêt. Il paraîtra bien le 21 août. Journalistes à vos plumes, libraires à vos rayons…

A peine quelques jours plus tard, les premiers échos paraissent dans la presse. D’habitude Christine a droit à tous les honneurs. Toute la presse parle d’elle et d’elle seule. Elle aime qu’on parle d’elle. Elle aime ça. Elle n’aime pas partager la vedette. Mais cette année, ce n’est pas tout à fait comme les autres années car la vedette, elle doit la partager…

Pauvre Christine ! A chaque fois qu’on parle d’elle, on parle de moi et de Quelques jours avec Christine A qui intrigue tant de gens. Oh, je ne prends pas beaucoup de place ! Je lui laisse la plus belle place, le haut des titres, les chapeaux et puis souvent la photo. Je ne lui prends pas grand chose finalement, juste un petit encadré sur le côté ou bien en bas des articles qu’on lui consacre. Un petit encadré, ce n’est pas grand chose, mais ça agace tout de même… Pffff…Il n’y a pas moyen qu’on parle d’elle sans qu’on parle de moi. Pas moyen qu’on parle du Marché des amants sans qu’on parle de Quelques jours avec Christine A.  La tuile ! Ca la ronge mais pour l’instant elle ne dit rien. Ca ne va certainement pas durer mais pour l’instant elle reste coite. Faut dire que nos deux livres paraissent le même jour, le 21 août. Le hasard sûrement…

Pour résumer, la pauvre Christine doit me faire un peu de place, un peu partout. Pas beaucoup, juste pour un encadré. Un petit encadré, tout petit. Mais qui sait ce qui peut se passer à la rentrée ?…

Et si l’encadré prenait de l’envergure dans quelques jours, s’il détrônait la Reine Christine et qu’il lui inflige à son tour l’étroitesse de l’encadré…Il va falloir suivre ça de près…

En attendant, je suis l’encadré de Christine. Pauvre Christine !

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